« 6 milliards d’Autres »

Après « La Terre vue du ciel », Yann-Arthus Bertrand signe avec « 6 milliards d’Autres » un nouveau projet d’envergure pharaonique. 5 000 interviews, 40 questions, 6 reporters, 75 pays, 4 ans de tournage… Un « big business » ? Sceptique et un brin méfiante à l’intérêt que peut présenter tout ce déploiement de moyens, je suis allée sur le site dédié www.6milliardsdautres.org, afin de décider si je me rendrais ou non à l’exposition annoncée à partir du 10 janvier 2009 à Paris au Grand Palais en partenariat avec Médecins du Monde. Surprise : j’en ai perdu le sens du temps ! Sous forme d’entretiens semi-directifs, des hommes et des femmes de tout âge rappellent leur parcours avant de livrer leurs réflexions sur leur vie ou leur philosophie. Parmi les rencontres fortes, Jean-Pierre vivant au Rwanda, un Tutsi de 43 ans, survivant du génocide. Quelle fut sa plus grande joie, quelle est sa plus grande peur, quel regard porte-t-il sur la mort, quelle est sa position par rapport au pardon, a-t-il été victime de discrimination et si oui, sous quelle forme ? Les questions se suivent, ou plutôt les réponses filmées et rediffusées comme un tout séquençable, où chacun pioche selon son intérêt le mot clé qui l’intéresse, à défaut d’écouter l’ensemble du témoignage, telle une progression rarement offerte dans la construction profonde d’un individu. Un clic sur « Sens de la vie » ? Et Jean-Pierre enchaîne : « Me dire qu’après 1994 [le génocide] la vie n’est pas finie. » Bosnie, Afrique du Sud, Brésil ou quelques 70 autres pays encore, à chaque fois, une histoire à découvrir dans la rubrique « Portraits », mais si vous préférez une approche par thèmes, libre à vous, vous opterez pour l’onglet « témoignages ». Pour un tour du monde surprenant et fondamentalement humain, en attendant (avec impatience) l’exposition du Grand Palais… Exposition « 6 milliards d’Autres », du 10 janvier au 12 février 2009, au Grand Palais. www.6milliardsdautres.org

« Rue de la banque »

Par solidarité pour le DAL, pour tenter de réfléchir aux impasses sociales et politiques, ou plus simplement encore pour témoigner de dix semaines de lutte, voici un an, rue de la Banque, le cinéaste Michael Hoare, a choisi de poser là sa caméra, au cœur des « 319 tentes, bâches plastiques, sacs de couchage et couvertures (…) installés sur le trottoir par des familles, contraintes de vivre dans les taudis, les squats et les chambres d’hôtel de Paris, pour réclamer une solution à leur problème de logement. » Répression policière, soutien de personnalités, suivi des médias, puis finalement, image d’un gouvernement qui cède… mais qu’en est-il vraiment un an après ? La projection sera suivie d’un débat animé par Isabelle Bourboulon avec Michael Hoare, réalisateur du film, Jean-Baptiste Eyraud, président du DAL et Dominique Noguères, vice-présidente de la LDH. « Rue de la banque », un film de Michael Hoare, 2008, 84 minutes. Mercredi 14 janvier 2009, à 20h, au Centre culturel de la Clef, 21, rue de la Clef, Paris 5e. Pour en savoir plus sur les Rendez-vous du documentaire engagé organisés par Politis et Voir&Agir : http://voiretagir.org

« Le fourgon des fous »

Quinze ans après avoir retrouvé sa liberté, l’Uruguayen Carlos Liscano se plonge dans ses souvenirs. Il nous raconte son arrestation, les séances de torture dont il a été victime durant 5 mois, de mai à octobre 1972, la condition du prisonnier politique qui été la sienne jusqu’en mars 1985, puis en filigrane, les dictatures militaires d’Amérique du Sud des années 1970 à commencer par celle qui frappa l’Uruguay, la lutte idéologique, la conviction et la résistance. Le récit est sobre, presque serein. Carlos Liscano se souvient, dépourvu de colère ou de ressenti, de ses tortionnaires et de ses geôliers. Il essaye de comprendre. Lui défendait une cause et gardait le silence pour conserver sa dignité… mais eux ? Il analyse leur rire ou leur colère, tente de comprendre comment un médecin peut soigner ou à l’inverse, offrir ses compétences aux bourreaux. Sans voyeurisme, ni mise en scène, il décortique ce que l’humain lui a donné à voir, à lui, l’ancien jeune de 23 ans jeté cagoulé dans un cachot militaire… Carlos Liscano, Ed. 10/18, Domaine étranger, 160 pages, novembre 2008.

A signaler aussi :
  la rétrospective du cinéaste Werner Herzog au centre Pompidou, à Paris avec la projection de ses 55 films, jusqu’au 2 mars 2009. Pour en savoir plus : www.centrepompidou.fr
  Le nouvel ouvrage du photographe Reza en collaboration avec National Geographic Book Division, "Reza, entre guerre et paix, 30 ans de reportages", 296 pages pour 200 photographies couleurs et noir et blanc, octobre 2008. En savoir plus : www.webistan.com