La Roumanie passe au vert
Il est des manifestations lourdes de sens. Ainsi pour le Green Planet Blues, le premier festival consacré aux problématiques environnementales organisé en Roumanie. Du 17 au 19 janvier 2009, au cœur des Carpates, entre bois et montagnes, dans la station d’altitude de Sinaïa, tables rondes et projections de documentaires engagés se sont répondus dans une ambiance résolument internationale. Outre les nationalités les plus diverses des intervenants et conférenciers, il était particulièrement remarquable de relever celles des médias présents, roumains, mais aussi bulgares ou tchèques. Car la démarche interpelle. L’environnement comme grand enjeu n’aurait en effet jamais pu être traité cinq ans auparavant en Europe Centrale. Times are changing. Olivier Weber, le médiateur français des trois tables rondes (énergie, biodiversité et gestion des déchets), fut le premier à le constater face au nombre des questions posées à l’issue de la projection de son documentaire « Cursed for Gold ». Au fil de ces journées, d’ailleurs, force est de remarquer que, quel que soit le sujet, l’attention ne faiblissait pas. Ainsi, quand le Britannique Victor Watkins a exposé les menaces qui pèsent sur l’ours, quand l’Allemand Markus Steinkötter a présenté le fonctionnement d’un panneau solaire, ou quand la Roumaine Roxana Gramada s’est réjouie de l’engagement de Discovery Channel, une chaîne télévisée qui propose aux Roumains depuis octobre 2008, tous les 3e vendredis du mois, un jour « Vert », informant des gestes décisifs pour contribuer à la protection de l’environnement. Les interventions se sont enchaînées tandis que les questions pleuvaient, témoignant de l’importance de la demande à laquelle cette manifestation répondait. Face à un bilan si positif, les organisateurs Cristina Hoffman et Renate Buxbaum-Calin annoncent déjà une suite en 2010. Souhaitons leur alors un public encore plus nombreux ; l’environnement aurait tout à y gagner.
Les enfants brisés du Bangladesh.
Diffusé à la SCAM le 22 janvier dernier, « Nari o Shishu » est le premier volet d’une série de quatre documentaires d’ECPAT France relatif au trafic d’enfants de par le monde. Ici, l’association s’attaque au Bangladesh, avec un titre sans ambiguïté. Traduction de « La loi et l’enfant », il renvoie à un texte de loi promulgué en 2001 par le parlement bangladais afin de protéger l’Enfance, mais qui, dans les faits, ne représente aucune menace pour les trafiquants. Prise de conscience des autorités, mais statu quo – tout est dit. Si les régions frontalières sont alors les plus touchées, notamment celles voisines de l’Inde, la misère sociale et la détresse humaine sont analysées comme des facteurs propices à exposer l’enfant. Car l’engrenage n’est pas réservé aux gosses de la rue. Nombre de familles déstructurées ou simplement naïves laissent encore partir fille et fils dans l’espoir d’un travail honnête, voire d’une éducation, sans soupçonner le piège qui se refermera sur eux. Et pourtant. Au mieux, les petites mains sont envoyées dans des usines de cigarettes, frappées – pour assurer une meilleure production, cachées – pour qu’elles ne mettent pas en danger le système, et bien sûr, non payées. Au pire, elles sont livrées aux réseaux de prostitution. Victimes, trafiquants repentis, avocats, travailleurs sociaux parlent. Ils expliquent l’inexplicable, mais aussi comment l’enfant peut-être soigné par une structure d’accueil quand, par chance, il parvient à s’enfuir. Ces foyers sont des maisons de jour ou des résidences à part entière. Elles suivent généralement de 25 à 30 enfants aux traumatismes très variables. Sous le pseudonyme d’Isallix, la réalisatrice, qui redoute que ne soit remise en cause sa délivrance de visa en travaillant sous son vrai nom, signe un documentaire d’autant plus fort qu’il évite le pathos, s’en tenant aux faits, aux trajectoires, aux solutions. Soutenu par la Commission Européenne et le ministère des Affaires étrangères, ce reportage informe donc, sans voyeurisme ni affect – un principe fondamental chez ECPAT. En attendant la production des trois autres volets prévus à Madagascar pour un focus sur les conséquences du trafic d’enfants, au Brésil pour un reportage sur les ravages du tourisme sexuel et en France avec une enquête sur les enfants amenés d’Afrique pour être prostitués, retenez donc déjà ce titre : « Nari o Shishu ». Outre sa diffusion télévisée courant 2009, il devrait en effet être projeté dans divers salons à l’occasion de campagnes de sensibilisation. « Nari o Shishu », Isallix / ECPAT France, 26’, 2008. Information : veribisi@yahoo.fr En savoir plus sur ECPAT France, association récompensée dès 1993 par le Prix des Droits de l’Homme de la République Française : www.ecpat-france.org Découvertes et surprise à la 22e édition du FIPA
Signalons également une exposition en cours : « Paysans et paysannes d’Afghanistan, une autre réalité » Loin des images médiatiques et douloureuses habituellement associées à l’Afghanistan, le reportage de Sandra Calligaro et Pieter-Yan de Pue offre un regard sur le quotidien des habitants en milieu rural, en dévoilant au passage l’action de l’ONG Madera qui travaille avec les populations afghanes. Photographies de Sandra Calligaro et Pieter-Yan de Pue. Jusqu’au 15 février 2009 à l’Institut des Cultures d’Islam, établissement culturel de la Ville de Paris. 19/23 rue Léon - 75018 Paris. Tél : 01 53 09 99 83. www.culture.paris.fr.

SPECIAL FIPA 2009
Découvertes et surprise à la 22e édition du FIPA
Malgré la tempête qui s’est abattue sur le Sud-Ouest ce samedi 24 janvier 2009, les salles de Biarritz n’ont pas désempli. La 22e édition du Fipa (Festival International de Programmes Audiovisuels) ouverte depuis le 20 janvier battait son plein, et journalistes, scénaristes et réalisateurs ont préféré braver les vents que de rater une projection de l’excellente programmation 2009. Car avant tout, plus que la qualité désormais reconnue des 150 programmes en compétition à travers cinq thématiques couvrant tous les champs d’une « télévision idéale », leitmotiv de ce festival (Fictions, Séries et feuilletons, Documentaires de création et essais, Grands reportages et faits de société et Musiques et spectacles), c’est la dimension engagée qui marque cette session. Mais au fait, que faut-il entendre par engagement ?
Comme au théâtre, le Fipa 2009 frappe ses trois coups. Caroline Huppert, d’abord. La présidente du Fipa en appelle à la nécessité de soutenir ceux qui se « battent au quotidien pour préserver leur outil de création afin de nous permettre de garder les deux yeux ouverts sur le monde », et se réjouit du fait que si « les pouvoirs politiques de certains pays limitent la liberté d’expression, si les puissances financières contrôlent la plupart des écrans, (…) les électrons libres se glissent un peu partout et même prolifèrent ». Pierre-Henri Deleau, ensuite. Le délégué général invite quant à lui le réalisateur à l’audace dans la création en s’appuyant sur l’essence même du Fipa : « Loin de l’audimat, du consensus ou de la mode, (cette) sélection (…) ne tend qu’à réaffirmer le pouvoir du créateur dans ce qu’il a de plus original et de plus novateur. » Guy Seligmann, enfin. En rappellant le désir premier du créateur du festival Michel Mitrani d’offrir aux responsables-programmateurs du service public de télévision française la découverte du meilleur de la production mondiale », le président de la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia) espère que, faute d’avoir pu être atteints, ces objectifs le seront désormais. Après, la réforme qui touche, France télévision depuis le 1er janvier 2009 donnera-t-elle lieu au « changement radical de mentalité » qu’implique le passage d’une « télévision de la demande à une télévision de l’offre » ? Difficile de le prédire, mais le vœu est exprimé. Trois coups, trois appels qui annoncent, cohérents, l’engagement décisif de la programmation de cette 22e édition du Fipa. Qualité, engagement, dans les discours certes, mais concrètement, dans les faits, comment cela se traduit-il ? Par des projections et par des actes. Les projections d’abord. Bien qu’il soit impossible de visionner les quelque 150 films en compétition, parmi les documentaires qu’il m’a été donné de découvrir, deux d’entre eux méritent une mention particulière. Ainsi, "Mais qui a tué Maggie ?" de William Karel, récompensé par le Fipa d’argent dans la catégorie « Documentaires de création et essais », est sans doute le plus dérangeant, alors que "Automne Allemand" de Michaël Gaumnitz se révèle le plus créatif. D’un côté, en recoupant les souvenirs des conservateurs proches de Margaret Thatcher, ministres, porte-parole et amis loyaux, William Karel reconstitue les mécanismes du complot, froid, cynique, réfléchi, efficace, qui, en trois jours, a liquidé les 11 ans et demi de règne de la « dame de fer », mettant en scène le plus contemporain des Roi Lear, pour 85 minutes à la fois tragiques et caustiques, décalées et superbes ; de l’autre, Michaël Gaumnitz, déjà lauréat 2003 du Prix SCAM du meilleur documentaire pour son film L’exil à Sedan, réussit l’exploit de couvrir d’un voile de poésie toute l’horreur d’un chaos. En prenant ainsi pour toile de fond l’Allemagne dévastée de l’automne 1946, il signe là un multimédia inoubliable. Tandis qu’images d’archives et animations graphiques se succèdent dans une alternance de couleurs et de noir et blanc, le regard de Stig Dagerman, jeune journaliste suédois chargé de réaliser une série de rapports pour le journal Expressen, se pose sur des villes en ruine, une vie de survie. L’image forte des Berlinois investissant les places détruites pour cultiver des pommes de terre, les caves inondées qui servent d’habitats de fortune, des trains de déplacés allemands chassés de Bavière et dont personnes ne veut ou des procès de dénazification, pastiches de justice. L’action se passe à Hambourg, à Berlin ou à Munich, avec toujours la même détresse rencontrée : celle d’un peuple qui a faim et ne comprend pas la punition que lui impose les forces alliées. Puisqu’avant tout, c’est un sentiment d’injustice qui est au centre de ce film. Injustice face à une sanction collective pour des actes qui, bien qu’à grande échelle, restaient, eux, individuels. Le sujet aurait pu être glissant, pourtant jamais il ne dérape, toujours extraordinairement humain et étonnement spirituel. Mais, les projections auraient-elles eu autant de sens si elles n’avaient été accompagnées d’actes ? C’est la vraie surprise de ce festival, lors de la remise des Prix du Jury des Jeunes Européens. Depuis 2003, treize jeunes de 16 et 17 ans représentant l’Union Européenne décernent en effet un prix à un film de la section compétitive « Grands reportages et faits de société ». Or, cette année, le jury n’a pas su se mettre d’accord sur un film. Après trois heures de débat, deux films ont été primés. Le Prix du Jury des Jeunes revient donc à "The blood of Kouan Kouan" du réalisateur grec Yorgos Avgeopoulos « pour son engagement environnemental et sa dimension écologique », justifie le jury ; tandis qu’une Mention spéciale est attribuée à "Umoja, le village interdit aux hommes" de Jean Crousillac et Jean-Marc Sainclair. Le refus de se formater à la remise d’un prix unique et l’argumentation que l’on peut deviner ardue pour imposer que soit décernée une mention spéciale est déjà un engagement, une lutte reposant sur des convictions. Mais quand s’ajoute la justification du choix fait en pleine conscience de récompenser un documentaire traitant de la responsabilité d’une compagnie pétrolière en Amazonie envers les tribus Tetete et Sansahuari « pour son engagement environnemental », l’acte se doit d’être remarqué. D’autant que son sens est renforcé par un événement non programmé : Guy Seligmann et Jean-Marie Drot, respectivement président et administrateur de la SCAM, ont succédé au Jury Jeunes pour annoncer la création d’un nouveau prix au sein de la Société Civile des Auteurs Multimédia, le « Prix du passeur ». « Un passeur de culture qui s’est toujours battu pour des valeurs », Jack Ralite, est convié à les rejoindre pour recevoir cette distinction. Tout en rappelant le rôle des sociétés d’auteurs, « sociétés de résistance citoyenne », Jean-Marie Drot a notamment évoqué alors le célèbre mot de Malraux, « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert », pour rendre hommage au Sénateur, homme de culture et fidèle défenseur de l’exception culturelle. Engagement ou reconnaissance de l’engagement… Nous étions le samedi 24 janvier 2009 à 12h30. La soirée de clôture était encore à venir et, avec elle, le palmarès 2009, ses émotions et moments forts… mais quelque chose d’essentiel venait de se jouer. Le Festival faisait sens avec son idéal : défendre des valeurs, des idées, des exigences. Pour une très belle édition.
Retrouvez le palmarès 2009 : www.fipa.tm.fr
Aurélie Taupin

Commentaires
1. samedi 31 janvier 2009 attime 18:40, par Le Cllidou enchanté
2. mercredi 18 mars 2009 attime 10:47, par ISALIX :: NARI O SHISHU
3. vendredi 26 mars 2010 attime 01:23, par Replica watches :: Replica watches
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