Bulletin d’octobre 2008
En librairie : "Sans blessures apparentes"
Jean-Paul Mari couvre les conflits depuis trente ans. Il est grand reporter mais aurait pu être médecin. Il aime à comprendre ; il aime à soigner. Il s’est rendu au Rwanda, en Bosnie, en Algérie, au Liban… partout où les hommes sont en guerre. A chaque fois, il analyse les forces en présence et témoigne des massacres. Profession reporter : la guerre doit rester extérieure – question de survie. Jusqu’à ce jour d’avril 2003. Il est à Bagdad, au Palestine, un hôtel réservé aux journalistes venus en Irak, quand l’immeuble devient la cible d’un tir d’obus de char américain. Alors que deux cameramen y laissent leur vie et que deux reporters sont blessés, ce jour-là, intérieurement, la guerre le touche aussi. Que fait-on de la douleur de la guerre quand on revient ? Militaires, journalistes, humanitaires, que deviennent ceux qui s’en sortent « sans blessures apparentes » ? Qu’en est-il de ces héros brisés, ces « damnés de la guerre » ? Pour comprendre, Jean-Paul Mari ouvre l’enquête. Il interroge les psychiatres et ceux que la guerre a rendu fou, mais aussi l’art et les sciences humaines. Son livre croise et recroise les vies, les souffrances et les souvenirs, la mythologie et les rites guerriers. L’objectif est fixe : il décortique la névrose post-traumatique, afin de comprendre comment l’homme affecté peut guérir. Après les Carnets de Bagdad (Grasset) et La Nuit Algérienne (Nil) couronné par le prix Méditerranée en 2002, le lauréat du prix Albert-Londres et du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre signe ici un chef-d’œuvre.
Jean-Paul Mari, éditions Robert Laffont, septembre 2008.
A l’affiche : "La fièvre de l’or"
Après une avant-première remarquée au musée du Quai Branly, le long métrage documentaire d’Olivier Weber sort enfin en salle ! L’Amazonie et ses chercheurs d’or, du mythe de l’Eldorado au cauchemar de l’argent qui n’a pas d’odeur. En 90 minutes, soit une projection, l’équivalent en surface de 700 terrains de football sont déforestés, rasés. Le propos est choc, la démonstration efficace, et tandis que les portraits se succèdent, la forêt saigne, vidée de sa sève, amputée à la pelleteuse. L’or ? « Un mélange de boue, de sang et de sueur… mais les femmes le portent quand même, elles ne cherchent pas à savoir, d’ailleurs personne ne cherche à savoir », résume un chercheur d’or, entre cynisme et lucidité. Le mercure coule à flot dans ses rivières, le poisson devient poison, les enfants, des attardés. Un monde disparaît. Entre la Guyane, le Surinam et le Brésil, tous les trafics sont ouverts - femmes, drogue, mercure – tandis que les vols sont légions et les règlements de compte, rapides. Grand reporter, président du jury du Prix Joseph Kessel, vice-président de la SCAM, Olivier Weber appuie son reportage sur de deux ans de recherche. Le résultat est un témoignage sans concession, sur un univers fini. « Le poumon vert de la planète » sera bientôt sa plaie rouge… « La fièvre de l’or », un film d’Olivier Weber, produit par Rozem Films. Actuellement en salle. A signaler également, le livre d’Olivier Weber, « J’aurai de l’or », éditions Robert Laffont, octobre 2008.
En kiosque : 14-18, les traces d’une guerre.
Tout aurait été dit sur la Der des der. La première guerre totale fut l’objet de combien de films, de romans, d’essais ? L’uniforme bleu horizon, Verdun, les tranchées, les gueules cassées, les lettres du front, le gaz, le traité de Versailles… tout semble avoir déjà été balayé ou exploré. Illusion, et ce hors-série du Monde le prouve. Cartes, chronologies, archives de presse et regards d’historiens offrent déjà de bons repères, mais l’enquête va plus loin. Le magazine interroge la mémoire. Comme celle du peintre André Masson dont les toiles expriment encore près de vingt ans après, l’horreur qu’il a vécu dans les tranchées ; comme celle des derniers poilus morts en ce début d’année, vieux d’une guerre, d’un siècle, d’un monde ; comme celle des descendants de « la force noire », bataillon des tireurs sénégalais tombés dans l’oubli ; ou encore celle du photographe André Kertész qui servait dans l’armée autro-hongroise - prémisses du reportage de guerre. Photos du quotidien ou courrier rapportant la réalité des combats, 14-18, les traces d’une guerre dépoussière sans pathos ce que l’on croyait connu. Le Monde, hors-série, octobre-novembre 2008.

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